Index Español brasil Português USA
S.O.S. Planète Nederland Benelux

Canada

Voyages Meteodirect
france24h
Icône de chaînePerou

  Le gans en America

Beaucoup de maras sont essentiellement composés d'adolescents dont certaines regroupent des dizaines de milliers de membres

EDUCATION

Les maras (ou marabuntas) sont des gangs armés principalement impliqués dans des affaires de transferts de stupéfiants qui s'étendent à toutes les formes d'activité illictes. Ils sont regroupés en structures plus importantes de type mafieux.

Le mot mara proviendrait du Caliche, un argot salvadorien. En Amérique hispanique comme aux États-Unis, son sens aurait évolué de « groupe d'amis » à « groupe de criminels ». Mara désigne originellement la fourmi légionnaire mais s'emploie aussi comme abréviation de marabunta, une migration massive et destructrice de ces fourmis chasseuses.

D'autres explications sur l'origine du nom circulent. Pour certains, La mara rappelle une rue éponyme de San Salvador. Mara pourrait aussi être le diminutif de Maravilla, famille de gangs des quartiers Est de Los Angeles.

Honduras ou encore du Guatemala qui fuyaient des conditions de vie difficiles (exclusion économique et sociale forte) voire dangereuses (guerres civiles et dictatures). D'abord fondées aux États-Unis, les maras, dans un deuxième temps, se sont implantés dans leurs pays d'origine, notamment à la suite d'expulsions massives des États-Unis.

Après la guerre civile au Salvador en 1992, les États-Unis entamèrent des procédures pour rapatrier les Salvadoriens dans leur pays d'origine. Parmi ces déportés se trouvaient des membres du gang Mara Salvatrucha, de Los Angeles. Beaucoup continuèrent leurs activités illicites de retour au Salvador, enracinant ainsi les maras en Amérique centrale sur un terreau fertile : la pauvreté et un passé récent de conflits armés. Les rapatriés recrutèrent toujours plus de membres, incluant des jeunes qui immigrèrent à leur tour illégalement aux Etats-Unis.

Beaucoup de maras sont essentiellement composés d'adolescents. Leurs activités vont du trafic de drogues, racket, cambriolage au proxénétisme. L'assassinat d'innocentes victimes fait partie intégrante de leur initiation. Pratiquement tous les mareros se parent d'imposants tatouages pour mieux se reconnaître, ce qui facilite par la même occasion leur repérage par un gang rival ou les autorités. Chaque maras possède sa propre « gamme » de tatouages, signe d'affiliation au gang.[1] « La vida por las maras » ou « the life for the gang » (en français « la vie pour le gang ») est une phrase couramment utilisée par ces gangs et leurs membres. Le meurtre d'innocents fait partie des différentes épreuves d'initiation de certaines Maras, notamment la MS13, et ces activités les poursuivent pour le reste de leurs vies.

En 2005, les maras, selon des estimations officielles, compteraient 80 000 membres en Amérique centrale et auraient causé 5000 assassinats, dont la plupart entre gangs.

Ils peuvent utiliser la couverture de la Western Union pour transférer des fonds entre leurs entités. Récemment, il semble que les maras soient en voie de professionnalisation, les chefs de gang tentant de rentabiliser leurs profits

Les maras les plus connues sont la Mara Salvatrucha (d'origine salvadorienne), de loin la plus puissante et la plus répandue, et la 18th Street Gang (du nom de la 18e rue de Los Angeles). Un autre gang important, la Sombra Negra, est aujourd'hui dissout et inactif

Les gouvernements des pays d'Amérique centrale concernés ont fait de la lutte contre ces gangs une priorité de leur politique de sécurité. En avril 2006, le président guatémaltèque Óscar Berger annonce qu'il déploie toute l'armée contre les maras. Ces mesures militaires s'accompagnent de lois sécuritaires, comme le plan « Mano Dura » au Salvador

Selon un rapport des Nations unies rendu public en janvier 2008, les stratégies répressives, comme la "Mano dura" (main ferme) au Guatemala, au Salvador et "Tolérance zéro" au Honduras, ont pour le moment échoué à maîtriser un phénomène avant tout social, les mareros étant issus de familles pauvres, sans accès aux services publics et désarticulées par une migration massive vers les États-Unis.

Selon l'Institut des droits de l'Homme de l'Université UCA, leur développement aurait été surtout favorisé par l'inefficacité des tribunaux de tous ces pays. En 2006, ils auraient été saisis de seulement 105 200 affaires qui n'ont abouti qu'à 1894 condamnations.

Début avril 2008, les polices des pays concernés se sont réunies à San Salvador pour tenter de coordonner la lutte contre ces bandes criminelles organisées

.En dépit de mesures répressives prises par leurs gouvernements, les pays d’Amérique centrale - et tout particulièrement le Honduras, El Salvador, le Guatemala et le Nicaragua - ne parviennent pas à enrayer le développement de bandes de jeunes, appelées « maras », dont certaines regroupent des dizaines de milliers de membres. La pratique de la violence est leur lot quotidien. Apparues tout d’abord à Los Angeles aux Etats-Unis, elles sont désormais considérées par ce pays comme un problème de sécurité nationale. Selon beaucoup d’observateurs, les politiques répressives mises en œuvre à leur égard n’ont fait qu’accélérer leur développement. Article de Eduardo Tamayo G, paru dans ALAI, 2 août 2005

La nouvelle menace pour la sécurité nationale et internationale s’appelle aujourd’hui maras [1]. Les gouvernements ont attribué une telle importance à leurs actions violentes et leur caractère international qu’elle a justifié la tenue, dans la seule année 2005, de deux sommets présidentiels en Amérique centrale, en plus de dizaines de réunions entre des responsables de la police et des ministres de la défense.

Les gouvernements du Honduras, d’El Salvador et du Guatemala ont opté pour des mesures répressives et purement policières afin d’essayer de faire obstacle au phénomène des maras, dont le rayon d’action s’étend du Canada à l’Amérique centrale. Entre autres résolutions adoptées lors du XXVIème Sommet du Système d’intégration de l’Amérique centrale (SICA), qui a eu lieu fin juin 2005, les représentants des trois pays mentionnés, plus le Nicaragua, le Costa Rica et les Etats-Unis, ont décidé de créer « une force d’intervention rapide contre les narcotrafiquants, les bandes et le terrorisme » composée de détachements militaires et policiers de chaque pays. Ils ont également convenu de créer une base de données à San Salvador sur les bandes actives dans la zone, un passeport unique et un mandat d’arrêt régional qui sera effectif, dans un premier temps, au Guatemala, en El Salvador, au Honduras et au Nicaragua. Sur la base d’une proposition faite par la Secrétaire d’Etat des Etats-Unis, Condolezza Rice, à la XXVème Assemblée de l’OEA, le Sommet a décidé d’ouvrir en El Salvador une branche régionale de l’Académie internationale de police, avec des conseillers américains [2]. Il convient de préciser que le Costa Rica n’a pas voulu participer à la force d’intervention rapide ni à l’initiative conjointe concernant la détention de personnes

À ces facteurs s’ajoutent les forts mouvements migratoires, intérieurs et extérieurs, qui désorganisent la famille et l’affaiblissent en tant qu’espace de socialisation. À certains moments clés de l’existence, lorsque l’enfant ou l’adolescent doit se former et acquérir des éléments de base de la vie en société, le père ou la mère sont absents. La famille se retrouve à la charge des grands-parents, de proches ou des frères aînés, et les rôles internes à la cellule familiale ne remplissent plus leur fonction. Les enfants ou les adolescents grandissent privés d’affection et de modèle à suivre, et cherchent dans les maras un lieu où combler ces lacunes.

Dans leur étude, l’ACJ et Save The Children font le portrait suivant du jeune marero au Honduras : « il s’agit d’un adolescent ou d’un jeune le plus souvent majeur, habitant un quartier déshérité avec des parents relativement pauvres, qui reproduit dans une deuxième génération les conditions d’indigence et de privation vécues par ses géniteurs. Dans la plupart des cas, il possède, comme ses parents, un bas niveau d’instruction générale, il occupe un emploi peu qualifié et il perçoit de son travail un revenu relativement bas. »

Le processus de mondialisation renforce d’un côté les expectatives de consommation chez les jeunes mais d’un autre côté réduit l’offre des moyens disponibles (emplois, revenus) pour les réaliser. Dans un monde dominé par les marques – de véhicules, de vêtements, de la mode en général, objets dont l’acquisition demande des ressources que la majorité des jeunes ne possède pas -, de nombreux jeunes voient dans la marque « mara » un signe d’identité, un moyen de s’affirmer face aux autres. Aux yeux des jeunes exclus, la mara se transforme en un produit attrayant et accessible par rapport à d’autres marques prohibitives qu’offre le marché, ils y trouvent des formes d’habillement caractéristiques, des modèles de comportement, de musique, etc.

Les maras se développent dans un contexte de violence générale et d’insécurité qui va en s’intensifiant. Avec un taux d’homicides de 30 pour 100 000 habitants, l’Amérique latine est une des régions les plus violentes du monde : elle devance largement l’Afrique et le Moyen-Orient, qui affichent des taux inférieurs à 10, selon des études de la BID (Banque interaméricaine de développement) et de la Banque mondiale. Avec la Colombie, El Salvador et le Honduras se partagent les premières places au titre du degré de violence observé dans la région. Dès leur naissance, les enfants sont confrontés à toutes les formes de violence qui sont devenues leur lot quotidien : violence familiale, violence faite aux femmes, harcèlement et sévices sexuels, violence dans les médias, violence exercée par les Etats qui tendent à régler les conflits par la guerre et la répression, etc.

Parallèlement à ces phénomènes, on observe dans presque tous les pays – fruit de l’application du capitalisme sauvage – un développement de la petite délinquance et des formes de délit quotidiennes. Prenons l’exemple du Nicaragua : en 1990, il s’est commis 28 000 délits, contre déjà 97 500 en 2003, si l’on croit les chiffres de la police nationale 

Leurs membres, les mareros, sont originaires des pays d'Amérique latine et d'Amérique centrale comme le Salvador, Honduras, Guatemala, Nicaragua. Ils sont particulièrement actifs dans les pays d'Amérique centrale (100 000), aux États-Unis (30 000, principalement en Californie, dans l'État de Washington et à Washington DC) ainsi qu'au Mexique (5 000).

Sur fond de crises économique et sociale
Les gangs en Amérique Centrale, un fléau incontrôlable
http://risal.collectifs.net/imprimer.php3?id_article=813
par Alejandro Blanca
28 janvier 2004

I. Introduction

La prolifération des gangs pose un grave problème de sécurité au Salvador, au Nicaragua, au Honduras et au Guatemala. Ces derniers mois, les gangs ou maras en ont fait voir de toutes les couleurs aux autorités de ces pays, car on les tient pour responsables de l’accroissement alarmant des assassinats, des viols, des vols et des menaces typiques des gangs contre des citoyens de toutes les classes sociales. On affirme même que ces bandes de jeunes de 8 à 35 ans règnent sur de vastes zones urbaines de San Salvador, Managua, Tegucigalpa et Ciudad de Guatemala et d’autres métropoles de ces nations.

Devant cette situation, des campagnes ont été lancées dans chacun de ces pays pour combattre de telles bandes. Au Honduras, le président Ricardo Maduro a introduit à la Chambre Haute une initiative pour durcir les lois contre les gangs ; elle vient d’être approuvée. Au Salvador, le mandataire Francisco Flores a impulsé une loi similaire, également approuvée cette semaine par le Congrès. Au Guatemala, le gouvernement est en train de concevoir une réglementation semblable ; en attendant, les autorités locales prennent les devants et dans certaines localités de l’intérieur du pays, les maires et les chefs de la police ont uni leurs forces pour combattre les maras. Pendant ce temps, le Nicaragua cherche à approuver des lois similaires, bien que dans son cas les autorités aient instauré une coopération avec la société civile pour neutraliser les bandes.

Ces mesures, en particulier les lois approuvées au Honduras et au Salvador, ont été durement critiquées par les organisations de défense des droits humains. Les ONG signalent que, si les bandes posent effectivement un très grave problème de sécurité, elles ne sont pas la source de tous les maux dont souffrent ces pays, comme l’avait insinué à un certain moment le président hondurien Ricardo Maduro, et le renforcement des lois pourrait dériver en abus policiers.

De plus, ces organisations ont averti que les campagnes pourraient n’être que des formes de propagande, et non des initiatives réelles pour assurer la sécurité des citoyens et pour lancer des campagnes de réinsertion et de rééducation des jeunes délinquants.

Il existe deux versions pour expliquer le sens du nom de maras. L’une indique que mara est la contraction de « Marabunta », la fourmi guerrière qui se déplace en grand nombre et dévaste de larges zones de la forêt amazonienne. Cette acception serait due au fait qu’on identifie les mareros comme étant un groupe de jeunes qui a envahi le sud des États-Unis, s’est également propagé comme un fléau dans le sud du Mexique et dans les nations d’Amérique Centrale, et a pris un aspect destructeur. Selon la deuxième version, on parle de mara en l’honneur de la Vierge Marie.

Certains experts estiment que les gangs d’Amérique Centrale sont nés aux États-Unis et qu’ensuite les mareros expulsés auraient formé des bandes dans leurs pays, semblables à celles qui opèrent à Los Angeles et New York depuis les années soixante.

Les caractéristiques propres aux nations d’Amérique Centrale, pauvreté généralisée, anciens combattants des guerres civiles, corruptions institutionnelle et policière, ont introduit des éléments qui particularisent les bandes locales. Par exemple, il existe de sérieux témoignages selon lesquels de nombreux mareros du Nicaragua, du Honduras, du Guatemala et surtout du Salvador auraient reçu une formation militaire.

I. Guatemala : protégés par l’impunité

Au Guatemala, selon d’anciens bandits et des officiers de police, le marero qui commet le crime le plus violent gagne le respect du groupe. C’est pourquoi il ne faut pas s’étonner que ces jeunes idolâtrent ceux qui sont tombés au combat, pendant qu’ils se réunissent périodiquement en petits groupes pour définir les stratégies de contrôle de leurs zones.

Les deux grands groupes de délinquants du Guatemala sont Mara Salvatrucha (MS) et Mara 18 (M18), qui ont leurs homologues à l’étranger, mais qui se subdivisent en petites bandes pour rendre plus opérationnel le contrôle des secteurs. Dans les rues, il y a eu de nombreuses confrontations entre les différentes maras, mais quand elles se font arrêter, elles se protègent mutuellement et font cause commune. Cette forme d’organisation leur donne de la force et assure qu’elles n’agissent pas sans ordre direct de leurs leaders, d’après ce qu’affirme Emilio Goubaud, du groupe Alliance pour la prévention du délit (Aprede). Tout le monde en voit les conséquences.

En prison, les mareros guatémaltèques se sont firent connaître par le massacre de Pavoncito, où le 24 décembre 2002 ils tuèrent 14 personnes en prison. L’histoire s’est répétée il y a quelques semaines au Centre de détention préventive de la Zone 18, par l’assassinat de sept autres accusés avec un haut niveau de violence et une extrême cruauté.

Dans les rues de Ciudad Quetzal, province de Sacatepéquez, les professeurs et 5400 élèves de 18 collèges vivent, travaillent et étudient sous la terreur des gangs qui dominent la ville dans les faits. La situation est devenue plus tendue après qu’en mars dernier les gangs aient menacé : « Les collèges qui fonctionnent, nous allons les attaquer. » Un professeur a avoué au quotidien local La Prensa Libre  : « Nous ne pouvons pas donner cours tranquillement. Cela nous préoccupe, parce que personne ne se sent bien et que nous ne trouvons pas de solution. » A diverses occasions, l’inquiétude les a contraints à suspendre les cours.

Devant cette situation, le chef du 16e commissariat de la ville, où se trouve la majorité des collèges menacés, a mis en oeuvre des opérations de surveillance : il a augmenté la force publique de 14 à 24 policiers, avec 4 patrouilles.

Le commandant Javier Alvarez assure qu’il y a six gangs à Ciudad Quetzal, principalement ceux qui se font appeler M-18 et Mara Salvatrucha, « dont les membres consomment de la drogue et portent des armes de tout type, des couteaux, des machettes et des bâtons, jusqu’aux escopettes artisanales et aux armes à feu de fabrication industrielle. » D’après les rapports du Commissariat 16, les bandits attaquent les passants et exigent l’ « impôt sur la circulation aux chauffeurs des autobus. »

Malgré l’action de la police, les habitants de Ciudad Quetzal n’ont constaté aucun changement, et ils craignent encore plus les bandes, lesquelles ont juré de se venger des habitants pour avoir « fait du bruit. »

Le gouvernement d’Alfonso Portillo [1] prépare une loi pour faire face à ce problème. Mais en attendant, les autorités locales doivent chercher les moyens d’affronter et de neutraliser les délinquants. A Todos Santos Cuchumatán, Huehuetenango, les gens assurent que le problème des bandes les a obligés à s’organiser en comités de sécurité. Pour cette raison, ils se sont rendus à la Cour suprême de justice (CSJ) pour solliciter des juges leur autorisation afin d’éviter de commettre des abus d’autorité.

Le maire de Todos Santos, Julián Mandoza, a signalé qu’au moins 40 chefs de gangs opéraient dans cette commune, qu’ils poussaient à la délinquance et cherchaient à enrôler plus de jeunes de la localité. La sécurité est minimale : il y a seulement huit agents de police, quatre de jour et quatre de nuit. Un couvre-feu est décrété dans cette localité. A partir de neuf heures du soir, personne ne peut sortir de chez lui sans courir le risque d’aller en prison.

Mais cette mesure porte plutôt préjudice aux habitants.

Le directeur général de la Police nationale civile (PNC), Luis Arturo Paniagua, assure que plus de 200 maras opèrent au Guatemala, de là une recrudescence alarmante des assassinats, vols, viols, et autres délits. Paniagua assure qu’on vient de lancer dans le quartier de Villanueva, dans la capitale, un projet pilote auquel participe une police communautaire. Cette initiative consiste à permettre aux policiers d’entrer en contact avec les bandits et de les « convaincre » de ne pas commettre d’actes délictueux dans la zone. L’autre partie du projet vise au désarmement des bandes. Sur ce dernier point, l’officier a fait ce commentaire : « Nous faisons des efforts pour leur ôter toutes ces armes, car nous considérons qu’un pourcentage élevé des crimes a lieu lors d’affrontements entre les bandes. »

Les autorités locales et les organisations de voisins font la plus grande part des efforts destinés à freiner la délinquance. Mais l’intervention du gouvernement central dans cette affaire continue à manquer. Pour Carolina Vázquez, chroniqueuse de La Prensa du Guatemala, « la seule explication à cette prolifération d’assassinats, d’attaques, de vols, de viols et de désordre dans les transports, c’est simplement qu’il n’y a pas d’autorités capables de les freiner. Il est probable, au vu des choses, qu’elles ne se rendent même pas compte de ce qui arrive aux habitants. Il suffit de circuler dans les rues, les centres commerciaux et les routes pour se rendre compte que la ville est sans aucune protection. Dans cette situation extrême, il faudrait que les bandits soient des retardés mentaux pour ne pas en profiter. » Un doute surgit cependant : s’agit-il seulement, de la part des corps de sécurité, d’une incapacité à agir ou bien d’un refus délibéré d’agir ?

II. La Mara Salvatrucha prévient :« Nous allons contrôler tout le Salvador »

El Flaco n’y va pas par quatre chemins : « Nous sommes en colère contre le président (Francisco Flores), et nous prévenons le gouvernement : nous, les gangs, nous allons contrôler tout le Salvador. » Le délinquant de 22 ans est membre de la Mara Salvatrucha ; c’est ainsi qu’il a réagi au plan de sécurité que vient de lancer le gouvernement. Le 23 juillet dernier, le président Flores s’est rendu dans une zone contrôlée par les maras. Escorté par des unités spéciales de l’Armée et de la Police, Flores a annoncé l’opération « Mano Dura » (Main de fer, N.d.T.) pour arrêter les bandits et recouvrer une certaine tranquillité dans les quartiers périphériques et populaires. A ce jour, plus de 150 délinquants ont été arrêtés. Les communes où le plan est mis en oeuvre sont Soyapango, Apopa, San Salvador et Ciudad Delgado, dans le département de San Salvador, et dans la zone nord du département de La Libertad. Parmi les bandes les plus combattues, on trouve la Salvatrucha, M18, Mao Mao et Máquina. Mais la moitié des bandits ont été remis en liberté faute de preuves, surtout parce que les habitants ont peur de les dénoncer.

Dans une réforme de la loi qui fait partie du plan « Mano Dura », le seul fait d’appartenir aux maras est considéré comme un délit. De plus, il est stipulé que les mineurs, même âgés de douze ans, qui ont commis des crimes seront jugés comme des adultes, malgré les conventions internationales de protection de l’enfance et de la jeunesse signées par le Salvador. El Flaco dit que « c’est une saleté, cette loi, et je lui dis, au président, qu’il est fou. Comment pourront-ils capturer les 17 mille que nous sommes ? . »

Flores accuse les maras de commettre au moins une centaine d’homicides par mois, mais ceux qui critiquent le gouvernement assurent que le mandataire omet le crime organisé et les autres mafias, tout aussi puissantes. Selon des statistiques extraites de l’enquête « Barrio Adentro » réalisée sous les auspices de l’Université centraméricaine (UCA) et de l’Organisation panaméricaine de la santé (OPS), rien qu’au Salvador les membres des maras sont entre 30 mille et 35 mille jeunes.

Le Salvador compte 6,2 millions d’habitants, la densité de sa population est de 298 habitants au kilomètre carré. La pauvreté affecte 52 pour cent de la population. Le tableau social révèle que 82,9 pour cent des familles qui ont des jeunes dans les gangs vivent dans la pauvreté ; dans 72,7 pour cent d’entre elles, la mère est chef de famille. L’État, jusqu’à aujourd’hui, n’a pas de programmes spécifiques destinés à la jeunesse, ni à la prévention du phénomène des gangs. Dans la misère et la marginalisation, les adolescents n’ont pas d’autre choix de développement que ce qu’ils trouvent dans la rue.

Selon une étude de la Police nationale civile (PNC), les bandes du Salvador sont organisées en 309 groupes, les plus nombreux se trouvant à San Salvador, Usulután et La Libertad, avec 15 mille membres. On y entre dès l’âge de neuf ans. Le nombre des délinquants pourrait augmenter dans les prochains mois, car le gouvernement des États-Unis a prévenu qu’il expulserait tout jeune étranger qui serait condamné en tant que membre d’une bande pour un crime violent.

Daniel Kane, porte-parole de l’Office de l’Immigration et des Douanes (ICE en anglais), a déclaré à l’agence EFE : « Nous voulons adresser un message clair, sans équivoque, aux jeunes qui participent aux guerres entre bandes et à d’autres délits, parce qu’ils seront expulsés et n’auront pas le droit de revenir aux États-Unis même s’ils y ont de la famille. » Ces expulsions seront mises en application quel que soit le statut légal du jeune.

Bien que le phénomène des bandes ne soit pas nouveau aux Etats-Unis, les autorités sont préoccupées par les récents incidents violents enregistrés à Washington D.C. Dans la capitale des États-Unis, la guerre entre bandes latines, comme Vatos Locos, Mara R, 1-5 Amigos et Street Thug Criminals a causé quatre morts et un blessé grave ces deux dernières semaines.

Dans ce contexte, la nouvelle loi approuvée au Salvador stipule qu’un expulsé pourra être incarcéré dès son arrivée au pays si « on déduit de ses antécédents, de sa tenue ou de sa conduite, qu’il appartenait à une bande. » C’est cet aspect et d’autres semblables de ladite loi qui a fait du bruit parmi les activistes et les organismes des droits humains. L’une des premières personnes à dénoncer les procédés arbitraires fut Madame le Procureur pour la Défense des Droits de l’Homme, Beatrice de Carrillo, qui a affirmé que « les mesures récentes prises par le Président biaisent imprudemment le combat contre la délinquance qui présente des aspects très graves dans d’autres domaines : le crime organisé, la séquestration, le blanchiment d’argent, le commerce des drogues et la corruption sociale et institutionnelle qui salissent l’image du Salvador aux yeux du monde entier. »

Pour sa part, la directrice de Hommies Unidos, Silvia Beltrán, signale que, s’il est plus difficile de défendre des jeunes bandits que des paysans ou des gens qui ont été torturés, les droits de l’Homme ne discriminent personne.

Dans les deux cas, on s’en remet à l’Armée pour résoudre les problèmes sociaux, fait que l’on dénonce comme violation des droits civils. Pour Beltrán, le plan « Mano Dura » du gouvernement salvadorien est une action de propagande qui n’arrêtera pas la délinquance : « Le Président veut que les gens votent par peur aux prochaines élections, mais le Salvador vit dans la violence depuis longtemps et ce qu’il cherche, c’est qu’on respecte les droits civils. » Il ne servira à rien que « l’Armée, comme elle l’avait fait auparavant pour les guérilleros, monte maintenant dans les bus et exige des jeunes qu’ils soulèvent leurs tee-shirts. S’ils portent des tatouages, c’est suffisant pour les arrêter pendant 72 heures, même si l’on n’a pas ensuite de preuve qu’ils aient commis des actes incorrects. Le problème est plus complexe et nécessite des solutions plus créatives, dures, mais qui donnent des choix aux jeunes. » Hommies Unidos a été fondée en 1996 et se consacre à réduire le banditisme aux États-Unis et au Salvador au moyen de programmes de réinsertion sociale et de rééducation.

Pour sa part, Hugo Martínez, député du Front Farabundo Martí pour la Libération nationale (FMLN), propose de créer un cadre social, légal et politique intégré qui vise à éradiquer les maras, mais qui inclue l’éducation, des emplois pour les jeunes, et n’implique pas seulement la répression. En ce sens, le directeur pour l’Amérique Latine de Caza Alianza, Bruce Harris, qui consacre ses efforts à s’occuper des enfants et des jeunes de la rue, affirme que depuis plus de 10 ans, son institution traite avec les autorités gouvernementales d’Amérique Centrale, mais que ces dernières n’ont pas pris en considération les enfants et jeunes abandonnés. « La seule réponse des autorités a été la répression. Et après 10 ans de répression, que pouvons-nous attendre des mareros devenus grands ? Casa Alianza est tout à fait d’accord que les autorités jugent ceux qui violent la loi. Mais la loi ne peut être crédible que si elle est appliquée équitablement, y compris contre des assassins en uniforme, des politiciens corrompus et aussi contre les mareros assassins ou voleurs », a précisé Harris.

Malgré les difficultés à affronter le problème des bandes, des programmes réussis de réhabilitation ont fait leur apparition. Un exemple est celui du centre de réhabilitation « Dios al Rescate », initiative due à la famille Milla et à l’Église catholique. Ce centre héberge des dizaines de jeunes anciens bandits et a obtenu du travail pour 42 anciens mareros.

La tentation de vivre en tant que délinquant dans la rue est forte face au manque d’opportunités de recevoir une éducation et de trouver un emploi. Au Salvador, l’autre choix des adolescents est d’émigrer vers le Mexique et les États-Unis.

III. Des bandes de délinquants déclarent la guerre aux gouvernements du Honduras et du Nicaragua

La ville de San Pedro Sula, au Honduras, est contrôlée presque totalement par les bandes de délinquants armés de pistolets et de poignards. Les drogues et la mort y sont une affaire quotidienne. Dans cette ville, la quatrième d’Amérique latine en terme de violence, après Medellín, Cali et Caracas, opèrent quelques 36.000 délinquants.

Le président Ricardo Maduro a lancé un plan de sécurité qui a été approuvé à l’unanimité par le Congrès. La nouvelle loi est entrée en vigueur en août dernier et inflige une peine de 9 à 12 ans de prison et une amende pouvant s’élever à 12 mille dollars aux chefs de bandes, maras ou groupes qui s’associent pour agresser, endommager des biens, menacer de mort, extorquer ou commettre des actes délictueux contre la population. Aux membres de ces bandes, définies par le président Maduro comme « des entreprises criminelles qui nuisent à la jeunesse et terrorisent le Honduras », on inflige trois ans de prison. Le gouvernement a réagi contre les mareros aussi durement qu’au Salvador.

Récemment, le Ministre de la Sécurité, Oscar Alvarez, a affirmé à La Prensa du Honduras que « les leaders des maras sont réunis pour mener des actions contre certains fonctionnaires du gouvernement, dans l’intention de les dissuader de mettre la nouvelle disposition de la loi à exécution. » La guerre est déclarée.

Pour sa part, le directeur du Projet Victoria (PV, organisme qui participe à la réadaptation sociale des jeunes), Mario Fumero, a affirmé que « derrière les mareros on trouve les narcotrafiquants et les délinquants. » Fumero, pasteur évangélique, se consacre depuis 30 ans à la réhabilitation des délinquants et des alcooliques juvéniles. Le prêtre a affirmé qu’on pourrait bien considérer les gangs comme des bandes criminelles organisées, car « elles ont une structure à l’échelle de l’Amérique centrale et s’aident mutuellement pour affronter ce qu’elles qualifient de lutte de l’État contre elles-mêmes. Les mareros se sentent acculés, et il faut s’attendre à ce qu’ils réagissent violemment. »

Au Honduras opèrent plus de 500 groupes violents de la Mara Salvatrucha et de la M18, avec quelque 100 mille membres âgés de 8 à 35 ans. Selon le gouvernement, 77 pour cent des jeunes entrent dans les maras avant l’âge de 12 ans, à cause du chômage, de l’instabilité économique, de l’échec scolaire et du manque d’affection dans les foyers détruits. Ils se consacrent au vol, au viol des femmes et au meurtre. Eux aussi, ils consomment et vendent de la cocaïne et de la marihuana. Ils contrôlent les quartiers populaires des principales villes du Honduras où la police n’entre pas. Ils font même payer les autobus qui circulent dans ces zones.

Dans un communiqué de presse, le Projet Victoria a fait savoir que devant la menace d’incarcération, des dizaines de bandits honduriens désertent les maras pour chercher refuge dans les centres de réhabilitation. Cette situation pose un autre problème, puisque selon l’organisme, ses installations n’ont pas la capacité d’héberger plus de jeunes.

A Tegucigalpa, il y a 100 foyers, et à San Pedro Sula 28. « Le plus terrible, c’est que beaucoup de ces garçons sont menacés de mort pour avoir déserté les maras auxquelles ils appartenaient. Nous voyons venir une crise terrible de l’assistance à laquelle nous ne sommes pas préparés, nous les ONG privées, ni même l’État », a prévenu l’organisation.

Dans ce contexte, l’Église catholique du Honduras a demandé un cessez-le-feu aux maras qui prennent part à la guerre de territoire à San Pedro Sula. L’idée est d’ouvrir un canal de communication avec elles. Pour atteindre cet objectif, Monseigneur Rómulo Emiliani, évêque auxiliaire de San Pedro Sula, s’est engagé à servir de médiateur entre les bandes et le gouvernement, lequel ils ont qualifié de complice d’une violence qui tient le pays à genoux. Cependant, les plus grands leaders des gangs qui opèrent dans cette ville sont établis aux États-Unis et sont les seuls à pouvoir ordonner un cessez-le-feu à leurs hommes.

Emiliana va bientôt voyager aux États-Unis pour demander aux chefs de bandes, qui se trouvent pour la plupart dans les prisons californiennes, qu’ils autorisent une trêve au Honduras pour tirer de la rue quelque 40 mille jeunes dans tout le pays, et quelque deux mille dans la ville. De plus, l’Église hondurienne dispose de programmes de réhabilitation qui ont connu du succès. Grâce à un programme appelé « Adiós tatuajes » (Adieu les tatouages) mis en place depuis 2000 à Chamelecón, environ 12 mille jeunes ont effacé les tatouages qu’ils portaient sur le corps, marque distinctive entre bandits, ce qui en pratique signifie leur retrait des bandes. Ce que l’on recherche, c’est réintégrer les jeunes dans la société et faire qu’ils aient une vie normale.

Le pari de la réinsertion sociale

Pour la population du quartier Cristo del Rosario, à Managua, c’est très clair : pour vaincre les bandes qui opèrent dans la zone, il faut plus de présence policière et un plus grand travail de coordination, parce que jusqu’à aujourd’hui, le programme de réinsertion sociale impulsé par la Police du District 2 de Managua n’a pas eu l’écho espéré parmi les maras.

Rosa Avilés Aguirre, membre du Comité de Prévention sociale du Délit (CPSD), a déclaré au quotidien La Prensa de Nicaragua que le travail de réinsertion a eu peu d’effets parmi ces bandes parce qu’il faut un plus grand effort de participation des pères de famille aux réunions organisées avec la police, plus de travail coercitif et une plus grande présence policière pour les contrôler. « Il est nécessaire que la police patrouille plus fréquemment dans les rues parce qu’on ne la voit pas quand ces bandes causent du désordre, à moins qu’il y ait des morts et des blessés », dit Avilés.

Grâce à l’oeuvre du Comité de Prévention sociale du Délit (CPSD), qui travaille dans le quartier de Cristo del Rosario, on a réussi à éloigner de la délinquance les jeunes et les adolescents qui formaient la bande des « Miami Boys », composée d’une cinquantaine de garçons, ce qui donne de l’espoir à ceux qui parient sur l’insertion sociale.

Dans ce pays, il y a au moins une soixantaine de milliers de bandits, qui opèrent surtout dans la capitale et forment environ 170 gangs. Au nombre de ces groupements on trouve les bandes de El Chilamate, « Los Gerber et Los Sultanes », qui commettent assez fréquemment des vols et d’autres délits.

La Police nationale du Nicaragua a cherché à travailler avec la société civile pour neutraliser les bandes. On a ainsi constitué 123 comités sociaux de prévention des délits, on a tenu presque mille réunions avec les délinquants, on a organisé environ cinq mille rencontres entre les délinquants, leurs parents et les voisins. De plus, on a créé des clubs de jeunes, des équipes de football, des ateliers, et on les a aidés à obtenir un emploi et à continuer leurs études. Malgré de faibles ressources, Rosa Avilés Aguirre espère que cette stratégie portera ses fruits dans quelques années.

IV. La délinquance et le débat sur les droits humains

L’approbation des lois contre la criminalité au Honduras et au Salvador a ouvert un vif débat chez ceux qui préfèrent la main de fer et ceux qui préfèrent des stratégies de persuasion et de réhabilitation. Ainsi par exemple, Eduardo López Blandón, lecteur de El Salvador.com, a envoyé une lettre à ce quotidien dans laquelle il critique « les attitudes et les affirmations préoccupantes de Madame le Procureur des Droits de l’Homme, Beatrice de Carillo, qui s’inquiète du fait que la Constitution, les droits de l’enfance et Dieu sait quoi d’autre sont violés lors de la mise en oeuvre de plans comme celui de la « Mano Dura » du gouvernement contre les maras. Moi, au Procureur, je lui demande dans quel bus elle voyage pour se rendre chez elle ou à son travail, ce qu’elle fait quand des antisociaux la touchent et l’insultent pour la simple raison qu’elle n’a pas de monnaie à leur donner, dans quelle école publique ses filles font leurs études, si elle reste à supplier Dieu chaque fois qu’elle les envoie étudier, combien elle paie de droit d’entrée dans son quartier aux maras qui le tiennent sous contrôle. »

Et Blandón d’ajouter : « Non, Madame, au cas où vous ne le sauriez pas, nous, Salvadoriens, nous sommes en majorité travailleurs, honnêtes, et nous voulons seulement voir nos enfants et nos frères vivre dans un environnement propre et sûr, loin des problèmes des bandes dont vous vous préoccupez tant. Vous devriez, à mon avis, collaborer à la résolution du problème, parce que si vous ne savez pas la différence entre les vrais Salvadoriens et les mareros, et si vous préférez plaider pour les droits de ces derniers, à mon avis vous devriez renoncer à votre charge. »

Pour La Prensa du Honduras, en revanche, on doit faire comme à Los Angeles et à New York, où la violence des bandes s’est considérablement réduite. « Comment est-on parvenu à ce succès ? », se demande-t-elle dans un éditorial récent. « A la base, les autorités de ces deux villes, les plus grandes des États-Unis, ont combiné de manière équilibrée les actions conçues pour renverser cette tendance destructrice qui rongeait le tissu social. »

L’éditorial continue : « Les États-Unis ne se sont pas engagés dans une vive controverse sur la question de savoir si la voie pour en finir avec les bandes était la répression ou au contraire la rééducation fondée sur des valeurs morales, éthiques et spirituelles. La police a réalisé son travail de manière exhaustive, en capturant et en conduisant devant les tribunaux les mareros, tandis que la société, les églises et les groupes des droits civils, simultanément et sans attaquer l’autorité, organisaient leurs programmes de formation. La Cour Suprême de Justice et les tribunaux mineurs de ce pays ne permettent à personne, que l’on vienne du bureau d’une agence multilatérale liée à l’ONU ou de quelque chose de semblable, de leur dire comment garantir l’autorité de la loi. Si nous voulons résoudre ce syndrome, qui est social, éthique, spirituel et juridique, il faut mettre en syntonie tous les segments de la société. Mais avant toute chose, il faut assurer que quiconque commet un délit sera puni. C’est là le premier pas. La réinsertion sociale, comme on l’appelle maintenant, viendra par surcroît. »

Cependant, dans des pays dont les corps de police sont corrompus et qui ont une longue histoire de violations des droits de l’homme, l’application de la loi de la main dure suscite plus de soupçons et de craintes que de présages favorables.

Pour justifier la politique de fermeté, les gouvernements de la région exagèrent souvent l’importance des actes de délinquance dans les bandes et, avec le concours de certains médias, leur réservent un traitement qui relève du sensationnalisme. Ainsi, en diverses occasions, les gouvernements d’El Salvador [3], du Honduras et des Etats-Unis ont essayé d’établir un lien entre les maras les plus connues – la Salvatrucha et la M18 – et le terrorisme international et, plus précisément, le réseau Al Qaida d’Ousama Ben Laden [4].

Nombreux sont aussi les fonctionnaires de l’Etat, comme le ministre de la sécurité du Honduras, Oscar Alvarez, qui affirment que les maras sont liées à la guérilla colombienne. Le gouvernement américain, pas plus que ceux de l’Amérique centrale, n’a pu apporter de preuves ni d’éléments concrets sur les liens entre les maras et Al Qaida, mais il est pour eux commode d’en affirmer l’existence, ce qui entre dans le cadre de leurs politiques répressives.

Après le 11 septembre 2001, on a vu se généraliser aux Etats-Unis une politique et un discours qui visent à distiller la peur dans la population en liant tout acte de délinquance au terrorisme. Les Etats-Unis essaient de faire des maras une cible de leur action dans l’hémisphère. Déjà en mars 2005, le président George Bush voyait dans le phénomène des maras une question de « sécurité nationale » et annonçait la constitution d’un fonds de 150 millions de dollars pour mettre sur pied une « force spéciale » destinée à combattre les bandes.

Selon le sociologue Carlos Ramos, coordonnateur des actions d’éducation au sein de FLACSO (Faculté latino-américaine de sciences sociales) d’El Salvador, lorsqu’on se place dans le cadre de la lutte contre le terrorisme à l’échelle mondiale et d’un phénomène pensé comme étant uniquement un problème de sécurité nationale, l’établissement de liens entre les bandes et le terrorisme entraîne des répercussions importantes sur la sécurité de la population, justifiant et légitimant par là des opérations de nature purement policière.

En Amérique centrale, l’action répressive menée par divers Etats contre les maras depuis 2003 fait partie de la « stratégie qu’ils suivent pour faire bonne figure aux yeux des Etats-Unis » et obtenir des crédits pour leurs corps policiers, comme l’a expliqué Ramón Custodio, commissaire aux droits humains du Honduras. Et cette stratégie commence à porter ses fruits. Le ministre de la sécurité du Honduras, Oscar Alvarez, a admis que son administration avait obtenu 2,4 millions de dollars de Washington pour une supposée aide policière. Au Guatemala, le gouvernement a commencé à recevoir une aide militaire des Etats-Unis d’un montant de 3,2 millions de dollars afin de combattre les maras et renforcer les mesures de lutte contre les narcotrafiquants, aide qui avait été interrompue pour cause de violation des droits humains.

Un phénomène transnational

Les maras sont un produit de la mondialisation. C’est dans les rues de Los Angeles (Californie) qu’il faut chercher l’origine des deux plus connues d’entre elles, la Salvatrucha (fusion entre Salvador et trucha (la truite), poisson réputé pour sa rapidité et son intelligence) et sa rivale, la M18 (née au Mexique). Cette ville des Etats-Unis fut en effet dans les années 1980 le point de chute de beaucoup de Salvadoriens qui fuyaient la guerre entre le Front de libération Farabundo Martí (FMLN) et l’armée conseillée et appuyée par les Américains. Harcelés par la police et leurs ennemis de la M18, mouvement bien installé depuis les années 1970, les jeunes décidèrent de se regrouper en bandes pour se défendre et réaffirmer leur identité de Salvadoriens. Ayant vu le jour dans la 13ème rue, leur bande prendra le nom de Mara Salvatrucha 13, ou simplement MS13. De nombreux jeunes trouvèrent refuge dans ces bandes, à défaut de trouver un travail et de meilleures conditions de vie aux Etats-Unis. Pour eux, le « rêve américain » avait fait long feu. Dans les bandes, ils apprirent à commettre des agressions, à voler, à se battre et à mener des actions violentes contre leurs rivaux pour défendre leur territoire, avant de se lier et de s’intégrer aux réseaux internationaux de trafic de drogues et d’êtres humains.

La MS13 compterait dans ses rangs entre 50 000 et 70 000 jeunes, dont 10 000 aux Etats-Unis. Mais elle n’est que l’une des nombreuses bandes actives dans plusieurs villes américaines et dont les effectifs se situeraient entre 750 000 et 850 000 individus. Dans la seule Californie, on en dénombre plus de 365 000, parmi lesquels 100 000 sont dans le comté de Los Angeles, selon le Centre national des bandes de jeunes. Dans le droit-fil des accords de paix signés ente le gouvernement et le mouvement de guérilla en 1992, et aux termes des lois sur l’immigration, les autorités américaines renvoyèrent chez eux des milliers de Latinos et de Salvadoriens, y compris des condamnés et des jeunes délinquants, qui, de retour dans leur pays, commencèrent à étendre leur influence et à transformer les cliques et autres bandes existant au Mexique, au Honduras, au Guatemala, en El Salvador, voire au Nicaragua. Les maras locales absorbèrent des éléments de la culture des bandes américaines, notamment leurs codes linguistiques, leurs symboles et leurs tatouages, et se sentirent peu à peu membres d’un réseau beaucoup plus grand et important. http://www.alterinfos.org/spip.php?article862  

« En ce sens, les flux migratoires jouent un grand rôle en Amérique centrale dans la mesure où, depuis 1993, les Etats-Unis déportent les membres des bandes, ce qui explique que les anciennes bandes existant en Amérique centrale, circonscrites à des quartiers, violentes mais sédentarisées, aient évolué et aient donné à ce phénomène une dimension internationale, affirme Carlos Ramos. Dans le cas de la M18 et de la mara Salvatrucha, il s’étend du Canada au Panama. »

La MS13 et la M18 empruntent les routes de l’Amérique centrale et du Mexique, utilisées par les émigrants latino-américains pour gagner les Etats-Unis. Ce sont aussi les routes de tous les dangers que suivent les cartels liés au trafic de drogues, à la traite d’êtres humains, à la prostitution infantile, etc. Dans le sud du Mexique, ces deux maras dominent l’axe ferroviaire qui relie la frontière entre le Chiapas et le Guatemala avec l’Etat de Vera Cruz. Voies de fait sur des émigrants, vols, assassinats, vente de drogues et rites sataniques sont fréquemment imputés à leurs membres.

Ce serait toutefois tomber dans l’erreur que d’attribuer tous ces maux aux maras car les mauvais traitements infligés aux émigrants sont aussi le fait d’autres délinquants, y compris de représentants de l’Institut national des migrations et de la police judiciaire, qui rançonnent les émigrants et soumettent à des sévices sexuels les femmes qui tentent d’entrer au Mexique à destination des Etats-Unis. Seules deux agressions sur neuf commises par des délinquants de droit commun sont imputables aux bandes 

Plusieurs causes pour un même phénomène

La situation difficile qui a suivi la guerre en El Salvador, au Nicaragua et au Guatemala, et la crise qui frappe le Honduras, ont engendré des conditions propices à l’essor des maras, qui, malgré les politiques et mesures de répression et les campagnes de « nettoyage social », n’ont pas cessé de croître. On ne dispose pas de statistiques précises, mais on estime à 450 000 le nombre de jeunes impliqués dans des maras en Amérique centrale. Au Guatemala, ils seraient 165 000 dans les bandes présentes au Tamaulipas et au Chiapas. Ce dernier Etat, lieu de transit pour les émigrants, abrite 85% des maras qui opèrent souvent avec des jeunes du Guatemala, d’El Salvador et d’autres nationalités.

Au Nicaragua, quelque 5 000 jeunes de 12 à 21 ans feraient partie des bandes actives surtout dans les quartiers pauvres de Managua où l’on trouve beaucoup de familles ayant émigré de la ville  Par le nombre de personnes qu’il touche et par le degré de violence qui le caractérise, le phénomène des maras ou des bandes mérite la plus grande attention de la part des sociétés et des Etats, mais ces derniers se révèlent souvent impuissants et s’attaquent aux conséquences du problème plus qu’à ses causes. « Comme toute manifestation de la violence, celle-ci non seulement a plusieurs causes, mais elle compte des éléments que l’on peut dire de causalité, certains éléments détonateurs et d’autres multiplicateurs », selon l’interprétation de Carlos Ramos.

Première constatation, les bandes sont l’expression de l’apartheid social qui caractérise les sociétés de l’Amérique latine, et le modèle néolibéral, qui s’est imposé d’une manière particulièrement virulente dans cette région au cours des deux dernières décennies du siècle passé, a atteint des extrémités qui ont fait naître deux classes d’individus et de groupes : ceux qui sont admis dans le système économique et social, et les exclus. La notion d’apartheid social a été inventée par des universitaires et des responsables sociaux du Brésil pour analyser les racines de l’extermination des enfants des rues dans ce pays, notion tout à fait applicable à la situation de l’Amérique centrale, à quelques réserves près. Elle renvoie non seulement à l’inégalité mais aussi à la différenciation entre des groupes d’une même société séparés par des facteurs de classe, de sexe ou d’origine ethnique. Si la concentration de privilèges et de richesses engendre l’inégalité, la différenciation engendre quant à elle un comportement social et un état d’inégalité qui ont tendance à devenir permanents et irréversibles « car ils sont fondés sur des frontières qui se sont dressées au fil de l’histoire et qui reproduisent un discours de domination, d’oppression et de répression d’un groupe contre un autre » .

Selon le professeur de l’Université de Brasilia, Carlos Aquiles Guimaraes, « l’apartheid social, en tant que produit dérivé du modèle économique capitaliste, tend à s’approfondir avec la radicalisation des pratiques de l’économie de marché, dans laquelle l’être humain devient objet de production et sujet de consommation. Dans un tel schéma, les privilégiés du système sont tous les individus en mesure de produire et consommer convenablement, les exclus sont les individus qui restent en marge de la société de consommation, mais pas des appels à consommer » 

Ségrégation sociale et du logement

Pour corroborer ce qui précède, on peut affirmer que le phénomène des bandes a un rapport avec les processus d’urbanisation qui induisent une ségrégation et une fragmentation évidentes sur les plans sociaux et du logement, faits liés aux déficiences de la dotation en service public, au surpeuplement, à la pauvreté, au chômage et au sous-emploi, à la maigreur des revenus, au manque de débouchés.

Les maras, à la différence des « tribus » urbaines des pays développés, sont marquées du sceau de leur classe : elles se situent en majorité dans les dénommés bas quartiers des villes, caractérisés par l’insuffisance des ressources matérielles mais aussi la présence de familles désintégrées ou privées de toute communication entre parents et enfants. Beaucoup de jeunes et d’adolescents sont contraints de travailler très tôt dans la vie, généralement dans la rue, de mendier ou de gagner leur pain d’une quelconque façon. « Les adolescents et les jeunes qui, pour telle ou telle raison, ont coupé les liens familiaux et passent une bonne partie de leur temps dans la rue sont poussés à intégrer l’univers de la mara par un besoin d’identité sociale, la quête du plaisir et de l’hédonisme, de contacts humains, d’un sentiment de pouvoir et de reconnaissance sociale pour se sentir membres d’un groupe qui leur garantisse protection, soutien et visibilité sociale », peut-on lire dans une étude sur les maras réalisée au Honduras par l’ACJ (Association chrétienne des jeunes) et Save The Children en 2002 

Envoyez un courrier électronique à jslau007@aol.com  pour toute question ou remarque concernant ce site Web.
Copyright © 2010 )bj                               
Dernière modification : 16 mai 2010
RechercheAccueil Contactez-nous